Ce n’est pas de l’évasion fiscale, mais les conséquences sont les mêmes sur les caisses de l’Etat. Selon une enquête de l’organisation pan-asiatique Asia Society basée à New York, quelque 880 millions d’euros ont été détournés par les fonctionnaires chinois corrompus en Chine. Ces responsables politiques, parfois cadres dans des entreprises d’Etat, ont fait l’objet de jugements dans le cadre de la vaste campagne anti-corruption lancée par le président Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en 2013. Une campagne encore en cours, qui selon certains pourraient être l’occasion également de règlements de comptes politiques.
Ce sont souvent les absences sur les photos officielles qui décrivent le mieux les luttes de factions au sein du pouvoir chinois. C’est en étudiant de près la campagne anti-corruption lancée au sein du plus grand parti du monde que l’on pourra peut-être demain comprendre l’ampleur de la lutte pour le pouvoir menée par le camp du président Xi Jinping. Les documents analysés par l’Asia Society et publié sur le site China File proviennent tous de sources officielles.
Tigres et mouches
Sur 1 462 fonctionnaires soupçonnés de corruption et placés sous enquête du Comité central pour l’inspection disciplinaire du PCC, autrement dit le gendarme du parti communiste chinois, 231 ont été reconnus coupables ou condamnés par les tribunaux. 15 % des cas avec au total, 6,3 milliards de yuans de fonds publics détournés par les responsables corrompus, soit près de 880 millions d’euros.
A son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a repris la lutte anticorruption prônée par ses prédécesseurs, mais en l’amplifiant et en promettant de s’attaquer à la fois « aux mouches » (aux petits cadres), mais aussi aux « Tigres » (les hauts fonctionnaires) du parti.
Résultat : En deux ans et dix mois de campagne, une grande majorité de ces cas de corruptions concernent des cadres de niveau local et provincial, 175 ont travaillé dans les entreprises d’Etat et dans presque tous les secteurs de la société de l’exploitation minière, du pétrole, de l’armée, des médias, de l’immobilier, du rail, mais aussi dans l’enseignement supérieur (78) et la sécurité publique (36) dont le « tigre » Zhou Yongkang, ancien patron de la sécurité publique.
L’enquête rapporte des exemples précis qui souvent ont alimenté les conversations sur les réseaux sociaux auprès d’une opinion très remontée contre la corruption des fonctionnaires. Un cadre a ainsi dépensé 200 000 yuans d’argent public pour des bijoux en jade, un autre a tenté de dissimuler 30 millions de yuans dérobés via la société de jardinage appartenant à sa maitresse.
Carte de la corruption
Campagne anti-corruption ou purge au sein du parti, peut-être un peu des deux mon camarade ? La carte qui accompagne l’enquête publiée sur le site China File montre des parties du territoire chinois qui selon Asia Society ont « apparemment été traitées avec plus de clémence » que les autres.
La campagne a touché de nombreux responsables de Pékin, mais aussi du Guangdong, du Henan et du Shanxi (fief de Ling Jihua, l’ancien proche collaborateur du président Hu Jintao).
De nombreux cadres du pétrole ont également fait l’objet de jugements notamment dans la province occidentale du Sichuan (ancien fief de Zhou Yongkang). La campagne a en revanche fait moins de victimes dans les provinces du Fujian et du Zhejiang, dans l’est du pays, deux bases du chef de l’Etat où Xi Jinping a été en mesure de nommer des responsables à des postes influents.
Par Stéphane Lagarde sur www.rfi.fr le 23/01/2016
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